100. Idiers Emile (rue). +/- 150 m.

En 1843, on ne parlait pas encore de rue. L'Atlas des Communications Vicinales révèle simplement qu'en cet endroit figurait le sentier n° 38, le long d'un court affluent de la Woluwe, portant alors le nom de Langegrachtdam (lange gracht, grand fossé ; dam, digue. Autrement dit : digue ou chemin du grand fossé). Le chemin s'étendait encore plus loin, au-delà de l'actuelle rue Steeno, jusqu'à Woluwe-St-Pierre.

Dans la partie formant l'actuelle rue Idiers commençait à se développer lentement une petite activité industrielle. Vers 1870, la teinturerie d'indiennes d'Emile Idiers y "donnait aussi du coton" et un rapport du collège échevinal daté du 15.10.1892 fait aussi mention d'une savonnerie clandestine fonctionnant sur ce sentier (nommé alors impasse des Fabriques) Voici ce rapport :
" M. Louis Bier est appelé devant le Collège : il reconnaît qu'il a établi une fabrique de savon de toilette et une machine à vapeur, sans autorisation, à l'Impasse des Fabriques, mais il s'engage à déguerpir dans la huitaine. Le Collège et les membres présents se rendent à l'établissement de M. Bier et constatent que le nettoyage et l'aérage ont été faits selon les prescriptions. "

A cette époque, il était courant de déverser les eaux usées dans la Woluwe, ce que, e.a., la teinturerie ne manquait pas de faire aussi. Les suites ne se faisaient pas attendre pour les laveuses rinçant en aval le linge propre dans le ruisseau. Lorsque commençaient ces déversements, il leur fallait, toutes affaires cessantes, sauver leur linge déjà parfois diversement coloré et contempler le ruisseau ayant pris toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Le sentier longeant le ruisseau, promu depuis au rang de rue, devint la rue aux Mille Couleurs. Ce nom lui fut confirmé par le collège échevinal du 24.3.1916 (décision n° 514).

Elle n'en demeura pas moins une petite rue relativement étroite jusqu'en 1922, lorsque l'on commença les travaux qui allaient lui donner l'aspect qu'elle a de nos jours. Il fut finalement décidé de la nommer d'après celui qui, en ce temps-là, avait non seulement donné des couleurs au ruisseau mais également à la politique communale (décision du collège communal du 19.12.1925, ordre du jour n° 4). La rue Idiers était née.

La rue Idiers, vers 1950

Emile Idiers naquit à Bruxelles, le 27 octobre 1830, un mois et demi après que cette dernière ait donné le signal de la révolution allant conduire la Belgique à l'indépendance. Il fit partie du premier conseil communal d'Auderghem autonome (A.R. du 7 janvier 1863). Il revêtit la charge d'échevin, de 1866 à 1872, et fut encore réélu conseiller communal à plusieurs reprises par la suite. Il était donc fabriquant-teinturier d'indiennes, sa fabrique étant située le long de la Woluwe, à une portée de flèche de sa belle maison bourgeoise dont l'entrée s'ouvrait sur la chaussée de Wavre et la façade arrière touchait à l'actuelle rue du Vieux Moulin. Emile Idiers mourut en 1911.

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101. Invalides (boulevard des). Invalidenlaan. +/-1.100 m.

Il s'agit ici de l'un des plus longs chemins tracés sur Auderghem depuis son accès à l'autonomie (le boulevard du Souverain est plus grand mais il a été construit par l'Etat). Il avait été projeté en 1908 avec bien d'autres voies et, en décembre de la même année, il fut approuvé par le conseil communal. Il fallut attendre le 29 octobre 1910 pour voir le grand projet d'urbanisation - dont le boulevard des Invalides faisait partie - soumis à l'autorité pour approbation. La plupart de ces travaux ne furent jamais réalisés, vraisemblablement suite à l'éclatement de la première Guerre mondiale.

Les premiers coups de pioche sur le boulevard des Invalides furent donnés, fin 1924, donc six ans après la fin du conflit. Il fut en grande partie tracé sur l'ancien Sloorendelleveld (le champ des colzas). Un tronçon du vieux chemin n° 47 - le Slooredelleweg - (voir rubrique Vandromme) a été par la même occasion incorporé au boulevard. Son premier nom fut boulevard des Combattants (décision du collège échevinal du 3.10.1924). Il s'agissait d'un hommage appuyé à nos anciens combattants ayant survécu à la Grande Guerre et dont un parti du même nom figurait au conseil communal sur les bancs de la majorité. Un an plus tard, il faudra revenir sur cette décision. Il est probable que le nom changea le 20.6.1925 parce que trois voies publiques ainsi nommées existaient déjà dans l'agglomération. Depuis lors, la voie s'appelle boulevard des Invalides.

La maison n° 149 reçut le premier permis de bâtir, le 17.7.1926.

Les maisons construites sur ce boulevard ne pouvaient dépasser à l'époque la hauteur de deux étages. Les choses changèrent après la Seconde Guerre mondiale, à partir des années 60. Pour tenir compte de l'accroissement de la population et afin de gérer au mieux les surfaces à bâtir encore disponibles dans la commune, il fut décidé d'autoriser la construction dans cette zone de plus grands immeubles à appartements offrant un confort très supérieur. C'était une manière d'attirer des classes de population disposant de revenus plus élevés. On ne saurait affirmer que les autorités communales manquèrent leurs objectifs car, de 24.500 habitants en 1958, on était passé à 30.000 en 1964. Six ans plus tard, on en était à 34.500 habitants.

Le boulevard des Invalides commence à la chaussée de Watermael où la circulation passait sous un pont ferroviaire étroit (ligne Bruxelles-Tervuren), ne laissant qu'un passage alternatif aux véhicules qui s'y hasardaient. Un passage complémentaire y fut aménagé à la fin des années 50 pour faciliter la circulation dans les deux sens. Cette solution de secours ne flirtait nullement avec l'esthétique mais la réalisation de l'E411 (voir rubrique E411) a permis la mise en place d'un nouveau carrefour.

A sa fin, le boulevard se heurtait également à un passage étroit canalisant la circulation passant au-dessus de la voie ferrée Halle-Schaerbeek. On pouvait comparer ce pont avec celui qui existe encore à l'avenue Fraiteur, à Ixelles. Deux camions ne pouvaient s'y croiser qu'en redoublant de prudence. La construction de la station de métro Delta permit d'y exécuter les travaux d'adaptation indispensables pour que les dizaines de milliers de véhicules, venus d'on ne sait où, puissent tous les jours rouler sans trop de peine vers leur destination.

En 1929, au Palais des Académies à Bruxelles, il fut décidé que toutes les communes de Belgique planteraient un arbre à l'occasion du centenaire de la Belgique. Par ce geste et à l'aide de ce vivant symbole, on voulait attirer l'attention de la postérité sur l'indépendance du pays. Auderghem planta son arbre le 12 octobre 1930, à hauteur de l'avenue de l'Eglise Saint-Julien, sur le boulevard des Invalides. Par la même occasion, on y créa un petit rond-point. L'arbre y est toujours et il s'en exhale une exubérante joie de vivre et, bien que certains journaux du temps y virent un hêtre rouge, c'est un magnifique tilleul argenté qui continue d'y croître…

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