
110. Lambin Léopold-Florent (avenue). +/- 230 m.
Au milieu du XXème siècle, " Les Habitations et Logements
à Bon Marché " (H.L.B.M.) mirent en chantier une deuxième
cité-jardin dans le quadrilatère formé par les avenues
J. Chaudron, J. Van Horenbeeck, R. Stevens et D. Boon. Les terrains achetés
à cet effet étaient, pour ainsi dire, déjà
entièrement construits à la fin des années 60. Désireuse
de se développer davantage, la société se devait
d'acquérir des surfaces nouvelles.
Pour agrandir la cité, les jardins avoisinants de l'Institut
du Sacré-Coeur (voir
rubrique Sacré-Coeur) devinrent la cible des autorités.
Il ne leur avait nullement échappé que les coûts élevés
induits par l'entretien de ces énormes jardins commençaient
à peser lourd sur la gestion de l'Institut qui, en outre, était
obligé de fermer sa division d'obstétrique. D'évidence,
il paraissait affronter de sérieuses difficultés financières.
Après de longues négociations, le couvent était disposé
à vendre certaines parties de son domaine. Ainsi naquit l'opportunité
de créer deux rues auxquelles le conseil communal (séance
du 8 juin 1970, ordre du jour n° 8), donna le nom de deux victimes
de guerre.
Mandatée par l'autorité communale, la société
H.B.L.M. y réalisa des logements destinés avant tout à
recevoir des retraités dans de très confortables appartements.
Léopold-Florent Lambin était né à Marche-en-Famenne
(province de Lux.), le 31 juillet 1909. Il devint policier à Ixelles,
était marié et habitait rue des Trois-Ponts, au n° 120.
La Seconde Guerre mondiale à peine commencée, il se tourna
vers la résistance et devint, en octobre 1940, membre du groupe
Van Wassenhove. Il prit également part à des actes de sabotages,
rassembla de l'armement et mena des actions contre les collaborateurs.
Il distribua aussi des journaux clandestins et des pamphlets mais fut
arrêté le 21 novembre 1942 par la Gestapo. Lambin fut enfermé
à la prison de Saint-Gilles. Il fut déporté par la
suite en Allemagne où il mourut, à Flossenburg, le 27 avril
1944.
111. Lamey Louis Isidore (rue). +/- 50 m.
Elle a été tracée dans les jardins de ce que l'on
nommait jadis le château Valduc, qui existe toujours. Paul de Cartier
le fit ériger en 1870, non loin de sa fabrique de peinture (qui
deviendra par la suite la S.A. Ligot). Avec les années, le château
devint la propriété du docteur Cordier, un médecin
réputé qui fonda dans les environs l'Institut de Puériculture
de Bruxelles (voir
rubrique Cordier).
Après la mort d'Edmond Cordier, en 1955, plusieurs pans de son
domaine furent lotis et des rues y furent tracées portant les noms
suivants (séance du conseil communal du 2.12.1960, ordre du jour
n° 23) :
" avenue Docteur Cordier.
" rue Albert Krings.
" rue Louis Isidore Lamey.
Un premier permis de bâtir sur cette dernière fut délivré
le 31.5.1961 pour l'immeuble n° 3.
Louis Isidore Lamey naquit à Schaerbeek, le 18 août 1919.
Il devint porteur de dépêches et habitait rue Jansen, n°
24. Il fut incorporé au 1er régiment de Lanciers lorsque
éclata la Seconde Guerre mondiale. Il fut tué à l'ennemi
le 27 mai 1940, à Menen (Fl. Occ.).
112. Lebon Gabriel Emile (avenue). +/- 680 m sur
750 sont sur le territoire d' Auderghem.
Au milieu du XVIIIème siècle, tout le domaine entourant
l'actuelle avenue Lebon était boisé (voir carte de de Ferraris,
1771). On l'appelait alors le Mesdaelbos que les couvents de Jericho,
à Bruxelles, et le prieuré de Valduchesse, à Auderghem,
se partageaient en grande partie (voir aussi Amblève et Paepedelle).
L'édit de Joseph II et le régime français supprimèrent
ces ordres " inutiles " ainsi que leurs domaines. C'est pourquoi
ces propriétés furent loties et vendues, tombant entre les
mains de diverses personnes qui les exploitèrent. Lorsque Auderghem
se sépara de Watermael-Boitsfort, en 1863, il ne restait plus grand
chose du Mesdaelbos sinon l'actuel parc de Woluwe qui en constitue la
dernière trace.
Certaines parties de l'ancien Mesdaelbos furent également acquises
par l'autorité et utilisées comme lieu d'épandage
après la Première Guerre mondiale. Le rapport n° 304
du collège échevinal du 15.11.1924 mentionne qu'une autorisation
temporaire de surveillance a été accordée à
un certain De Bruycker Joseph. Il avait le droit de percevoir auprès
des particuliers une taxe de 1 F par tombereau, de 0,50 F par charrette
et de 0,25 F par brouette. Une nouvelle décision fut prise, encore
en 1935, d'y poursuivre les épandages durant un an (n° 496,
du 25.10.1935). La guerre de 40-45 à peine finie, le "steut"
(ou décharge publique) fut abandonné et l'on y toléra
les romanichels ou gitans, souvent au grand déplaisir des habitants
des environs. Des garçons du quartier Saint-Julien venaient encore
assez régulièrement jouer dans ce voisinage. L'un d'entre
eux raconta que, un jour, allumant du feu, celui-ci s'étendit à
la vitesse de l'éclair dans les herbes sèches. Les flammes
passèrent des champs vers l'ancien lieu d'épandage où
séjournaient des gitans. Ces gens durent en toute hâte sauver
leurs maigres effets. Il fallut déployer maints efforts pour circonscrire
le sinistre et ils ne furent pas rares ceux qui disaient haut et fort
que l'incendie avait été provoqué par la faute des
gitans. Ils n'hésitèrent donc pas à exiger l'interdiction
de leur présence sur ces lieux. Par crainte des représailles,
les garnements surent sagement garder le silence sur leur méfait
mais, depuis, les romanichels n'y vinrent jamais plus.
Entre-temps, en 1930, la zone avait été destinée
à l'urbanisation. L'expropriation de plusieurs parcelles alla bon
train. Ce n'est qu'en 1938 que l'on trouva dans les cartons des solutions
techniques pour les problèmes que ne manqueraient pas de créer
l'aménagement de l'avenue Lebon et de ses voies latérales
(égouts, conduites de gaz et d'électricité
).
Le début des travaux fut entravé par la mobilisation et
dut être finalement tout à fait arrêté. Ce n'est
qu'après la Seconde Guerre mondiale que les plans d'urbanisations
purent être remis sur la table.

Le premier permis de construire fut accordé pour la maison n°
144, le 27.5.1952. Le 18 juillet 1954, le bourgmestre Lebon lui-même
ne laissa à personne d'autre le soin d'inaugurer l'avenue. Depuis
lors, on y a construit de nombreux immeubles à appartements. En
1965, sur cette avenue, fut construite la nouvelle église Saint-Julien
(voir rubrique
Eglise Saint-Julien).
Gabriel-Emile Lebon était né le 28 janvier 1882 à
Wanfercée-Baulet (Hainaut). Il y épousa Valentine Wauthion
avec qui il vint habiter Auderghem en 1913. Il se lança assez rapidement
dans la politique communale pour être élu une première
fois le 1er janvier 1927. En s'alliant aux socialistes, il devint bourgmestre
en 1933. Son parti libéral avait alors enlevé 6 sièges,
comme les catholiques et l'arbitrage des socialistes (1 siège)
fut décisif. Il fut à chaque fois réélu lors
des scrutins qui suivirent et, bien que son parti accusait un certain
effritement, il demeura premier magistrat en sa commune jusqu'à
sa mort, en 1956.

G. Lebon, en costume foncé, quatrième à partir de
la gauche au prmier rang, au cours d'une cérémonie de commémoration,
vers 1950.
A ce jour, c'est lui qui a porté le plus longtemps l'écharpe
maïorale à Auderghem. Durant cette période, deux faits
remarquables :
" En 1938, le mensuel " Concordia ", de tendance catholique,
mit l'autorité du bourgmestre en doute. Le périodique remarqua
que le secrétaire communal de l'époque était aussi
le président de la section locale du parti libéral à
Auderghem. De cette manière, Lebon est bien le patron de son secrétaire
à la maison communale mais, en réunion de parti, il doit
lui répondre de ses actes politiques.
" Durant la Seconde Guerre mondiale, en 1942, l'occupant instaura
le " Grand Bruxelles ". De la sorte, tous les collèges
échevinaux des communes concernées furent obligatoirement
dissous et leurs membres élus légalement ne pouvaient plus
siéger. G.E Lebon reprit sa charge le 5 septembre 1944, deux jours
après la libération d'Auderghem. Lebon allait encore devenir
conseiller provincial, de 1949 à 1956.
Après sa mort, on inaugura son buste sur l'avenue qui porte son
nom.
113. Lechat Charles (rue). +/- 80 m.
Au XXème siècle, avant la crise économique des
années 30, on construisit une petite cité ouvrière
entre la rue Valduc et l'avenue du Kouter. Le quartier forme un triangle
pour lequel la S.A. Les Logements Economiques reçut un permis d'y
bâtir des maisons dès le 7 mars 1925. Au début de
1928, cette firme avait terminé sa tâche et, puisque la rue
ne portait pas encore de nom, on suggéra de lui donner celui de
son administrateur délégué. La requête de la
S.A. Les Logements Economiques était rédigée comme
suit :
" ...En raison des services éminents et dévoués
que notre administrateur délégué, monsieur Lechat,
rend journellement à notre société, nous aimerions
perpétuer son nom acquis à la reconnaissance des braves
ménages ouvriers qui doivent leurs demeures à son initiative
et à son esprit d'organisation toujours en éveil.... "
Le collège échevinal ne pouvait que tomber sous le charme
d'une telle argumentation et donna donc ce nom à la rue (décision
n° 574 du 2.3.1928).
Charles Lechat n'a donc rien à voir avec l'histoire d'Auderghem
si l'on excepte qu'il eût l'opportunité d'y défendre
non sans brio les intérêts de son entreprise. Cinquante ans
plus tard, un autre entrepreneur immobilier connaîtra, lui aussi,
la consécration en donnant son nom à une voie publique (voir
rubrique Hankar).
D'autres rues dans les environs immédiats du Chant d'Oiseau (voir
rubrique Argus), reçurent des noms d'oiseaux : Canaris,
Paons, Citrinelles, Traquets, Paradisiers, et autres. C'était donc,
si l'on ose dire, des oiseaux pour Lechat !
Charles Lechat n'habita jamais la commune. Il serait né à
Liège, le 18 mars 1870 et décédé à
Woluwe-Saint-Pierre, le 31 juillet 1959.
114. Leclercq Gustave (rue). +/- 160 m.
La naissance de ce quartier a été expliquée plus
haut (voir rubrique
Lebon). Les cinq rues ouvertes à l'ouest de l'avenue
Lebon furent baptisées à la même date. Le 6 décembre
1957, le conseil communal approuva la proposition du collège échevinal
(ordre du jour n° 10a) de donner les noms suivants à ces voies
publiques en cours d'aménagement : rues J.E. Raymond, E. Henrard,
L. Marcx, G. Leclecq ainsi que avenue du Paepedelle.
Les premiers permis de bâtir pour la rue Leclercq furent accordés
le 24 août 1960 pour les immeubles numéros 21, 23 et 25.
Gustave-Jean Leclercq naquit à Auderghem, le 10 décembre
1890. Il travaillait aux " Tramways Bruxellois " et vivait avec
sa famille, dont un petit garçon âgé d'un an, chaussée
de Wavre, au n° 903. Il fut appelé sous les drapeaux en qualité
de soldat au 9ème régiment de Ligne. Il n'a jamais connu
sa petite fille née pendant qu'il était au front. Il mourut
quelques jours après elle, le 15 février 1915, à
Oostkerke (Fl. Occ.).
115. Leemans Jean-François (avenue). +/-
600 m.
Quelques années avant la Première Guerre mondiale, le
conseil communal s'était prononcé favorablement sur un projet
ambitieux visant à créer de nouvelles voies publiques. L'une
d'elles était appelée à remplacer un ancien chemin
de traverse de la forêt de Soignes dans la zone du " Triage
du Tambour " (voyez la carte de de Ferraris). Son tracé correspond
à peu près à l'actuelle avenue Leemans.
La guerre allait laisser ce projet dans les cartons.
La majorité des terrains des environs étaient alors la
propriété des familles Morel, de Boitsfort, et Gérard,
de Soignies (voir
rubrique Gérard). Une petite briqueterie vint s'y installer
entre les deux guerres, à hauteur de l'actuelle école maternelle,
car Auderghem et Watermael-Boitsfort développaient alors de nouveaux
quartiers. A l'époque, les briques étaient le plus souvent
cuites non loin des chantiers. De plus, la terre argileuse locale paraissait
convenir à merveille pour la cuisson de briques, ce que l'on savait
à Auderghem puisque diverses briqueteries y ont été
à l'oeuvre. Le chemin d'accès vers la petite manufacture
commençait à l'auberge " Au Repos des Chasseurs ",
d'où, plus tard, l'avenue Leemans allait prendre son envol mais
beaucoup plus tard, car déjà, derrière la porte,
nous attendait une nouvelle guerre

Mise en chantier des premières constructions de l'avenue Leemans.
On voit l'ébauche de la rue Vandercammen à l'avant-plan.
Finalement, un nouveau quartier y naquit en 1956. Le promoteur immobilier
ETRIMO le nomma " Parc des Princes " eu égard, semble-t-il,
à la proximité du château " La Solitude "
construit par Marie Ludmille Rose de Croÿ, princesse et duchesse
d'Arenberg, descendante de cette famille aristocratique bien connue (voir
rubrique Schaller). Jadis, cette riche et influente noblesse
possédait des domaines étendus un peu partout. D'où
l'appellation " Parc des Princes ", une manière commercialement
subtile de faire référence au château.
L'ancien chemin menant à la briqueterie devint l'axe central
du quartier. Le 5.10.1956, le conseil communal lui donna le nom d'une
victime de la guerre 1914-1918, Jean-François Leemans.
Les premiers permis de bâtir furent délivrés le
29.8.1956 pour les maisons numéros 14, 16 et 18.
Bien vite, l'aménagement du quartier apparut comme un franc succès
puisque, à la fin de l'année 1959, le conseil communal approuva
la proposition de créer un petit centre commercial dans l'avenue
Leemans. Les jeunes ménages, et leurs enfants, furent nombreux
à venir s'y installer. Il fallut aussi songer à accueillir
ces bambins dans une école maternelle de proximité. L'on
y songea si bien que la firme ETRIMO elle-même céda à
la commune un terrain de 4 a 82 ca sur lequel s'élevait auparavant
l'ancienne briqueterie et où la firme avait placé ses locaux
de chantier et de vente. Le conseil communal accepta ce don le 31.7.1961,
fit transformer les lieux et les équipa de locaux scolaires tandis
que sa reconnaissance s'exprima en donnant à cette petite école
le nom de l'administrateur délégué d'ETRIMO. Ainsi
naquit l'école J.F. Colin.
Jean-François Leemans naquit à Bonheiden (province d'Anvers),
le 9 janvier 1891. Il devint domestique, était célibataire
et habitait Auderghem, avenue de la Forêt, au n° 4 (à
présent avenues Genicot et Gobert). Il fut incorporé en
qualité de soldat au 1er régiment des Guides lorsque éclata
la Première Guerre mondiale. Il fut tué à l'ennemi
à Nieuwerkerke, près de Sint-Truiden (Limbourg), le 14 août
1914.
116. Lefever Guillaume (avenue). +/- 110 m.
La naissance de ce quartier date de 1908, année où la
famille Plissart fit don de quelques terrains pour y bâtir une église
(voir rubrique
Eglise Saint-Julien). L'avenue ne fut aménagée
qu'après la Première Guerre mondiale dont l'une des victimes
fournit le nom sur décision de collège échevinal
du 6.6.1925.
Le premier permis de bâtir fut demandé le 10.4.1926 pour
l'immeuble n° 8.

L'histoire de Guillaume Lefever est celle d'un jeune Flamand de la commune
qui donna sa vie pour la patrie. Ses parents s'étaient mariés
en 1887 et vinrent habiter au coeur d'Auderghem, rue du Moulin, n°
2, actuellement rue du Vieux Moulin. Cinq de leurs dix enfants - dont
Guillaume, le quatrième - y naquirent. Il vit le jour le 17 juillet
1893. La famille émigra temporairement au Berensheide (Watermael-Boitsfort)
où le père, chiffonnier-brocanteur, arrivait à nouer
les deux bouts et apportait même une certaine aisance à la
famille puisqu'il possédait un cheval et une charrette. Le père
était considéré comme un brave et pieux père
de famille et la famille Lefever allait encore connaître quelques
années de bonheur et la naissance de cinq autres enfants dont,
hélas, une fillette mourut en bas âge à dix-sept mois.
Un destin funeste rattrapa cette humble famille en 1905. La mère,
âgée de 36 ans, et une soeur, âgée, elle, de
quinze ans, moururent en moins de deux mois. Les huit enfants survivants
trouvèrent en la fille aînée, Florence (17 ans) une
nouvelle mère. Guillaume était alors âgé de
douze ans et venait de faire sa communion solennelle. Le cadet de la famille
était âgé 'environ un an. Mais qu'est-il passé
par la tête du père dans les semaines et les mois qui suivirent
? Dieu seul le sait. Toujours est-il qu'il laissa tout son petit monde
en plan pour filer avec une Française à Roubaix où
il décéda dans un institut, après la Grande Guerre.
C'est dans ces pénibles circonstances que Guillaume grandit,
sous la houlette de sa soeur aînée qui continuait à
soigner toute la progéniture. C'était un garçon malin
et bon élève à l'école. On pouvait lui demander
n'importe quoi, il arrivait toujours à se débrouiller et
à répondre à ce que l'on attendait de lui. Entre-temps,
la famille revint habiter Auderghem, au Pré des Agneaux. La soeur
aînée se maria en 1913, un an avant que n'éclate la
plus grande des guerres que le monde ait connues. Le clan Lefever demeurait
soudé. Guillaume fut incorporé en qualité de soldat
au 12ème régiment de Ligne. Le conflit ne durait que depuis
six semaines lorsqu'il tomba, avec six autres camarades, dans une embuscade
tendue le long du canal Nimy-Blaton, non loin de la route de Pommeroeul
(Hainaut). Il mourut le 27 septembre 1914 et fut enterré sur place
avec ses camarades dans une fosse commune.

Après la guerre, sa soeur exprima le voeu de voir sa dépouille
rapatriée à Auderghem mais ne pouvant elle-même assumer
les frais de ce retour, les autorités auderghemoises s'en chargèrent.
Guillaume Lefever fut enterré solennellement à Auderghem,
le 21 juillet 1922, le jour où la Belgique commémorait son
indépendance.
117. Lemaire Charles (rue). +/- 230 m.
A l'endroit où la Woluwe coule sous la rue Lemaire se trouvait
jadis un moulin à eau. Nous sommes ici en présence d'une
section d'un très ancien chemin qui commençait à
la chaussée de Watermael, à hauteur de Hof te Schoonenberch
(voir rubrique
Houlette) et aboutissait à l'actuelle avenue des Frères
Goemaere. Avec les actuelles avenues de la Houlette, du Pré des
Agneaux et Vanpé ainsi qu'avec les rues du Moulin à Papier
et Schoonejans, il formait un chemin de terre permettant de franchir le
vallon de la Woluwe. Il est signalé sur les cartes de L. Van Werden
(1659) et de de Ferraris (1771). Dans l'Atlas des Communications Vicinales
(1843), il est décrit sous le n° 24, porte le nom de Papiermolenstraet
(rue du Moulin à Papier) et a encore une longueur de 1.805 m.
Il portera ce nom jusqu'en janvier 1950, lorsque le conseil communal
décida de donner à un tronçon de cette rue le nom
d'une victime de la Seconde Guerre mondiale.

Le Moulin à papier au début du XIXème siècle,
dessiné par Vitzhumb et conservé au cabinet des Estampes.
L'origine du moulin à eau remonterait à la fin du XIIIème
siècle. On l'appelait alors le Neermeulen. Il apparaît en
1647 dans le texte d'une convention de location sous l'appellation de
Papiermolen van Oudergem (d'où le nom de la rue) où l'on
fabriquait du papier à partir, e.a., de vieux chiffons. Il conserva
cette qualité jusqu'en 1836, lorsqu'un certain Albert Seny en devint
le propriétaire.
Dès lors, le moulin servit à la fabrication d'indiennes
et à la teinturerie de coton. Vers 1894, la firme Vanden Broeck
& Cie reçut l'autorisation d'y installer une fabrique de produits
antiseptiques à base de rembourrages de coton (ouate thermogène).
Les matières premières étaient lavées et blanchies
sur place.
Il s'agissait d'une opération passablement malsaine. Les vêtements
des gens qui y travaillaient étaient imprégnés des
odeurs nauséabondes émanant des produits de blanchiment
des ouates. On les nommait les "stinkoeten" (les puants). Plus
tard, lorsque fut tracé le boulevard du Souverain, la firme émigra
à Gastuche, près de Wavre, l'initiateur du projet du boulevard
ayant exprimé le voeu de ne pas voir déparer sa création
par une industrie. On pense que les ruines du vieux moulin furent démolies
durant la Grande Guerre. Le 13.8.1937, le collège échevinal
approuva un projet de construction d'un bassin de natation sur les terrains
de l'Etat. L'affaire n'alla pas plus loin et, à la place, dans
le courant des années 60, on créa le joli parc Seny comprenant
aussi une ère de jeux pour enfants et où il fait bon flâner.
Charles-Camille Lemaire était né à Rochefort (prov.
de Namur), le 16 mars 1902. Il était ingénieur, marié
et habitait avenue Madoux, au n° 12, lorsque éclata la Seconde
Guerre mondiale. Il ne tarda pas à rejoindre le groupe de résistance
Incomparable mais fut capturé le 17 juillet 1942. Il fut condamné
en tant que prisonnier politique et exécuté à la
prison de Wolfenbuttel (Allemagne), le 7 juin 1944.
118. Léonard (carrefour).
Incontestablement, c'est l'un des carrefours les plus animés
de Belgique. Il vit le jour entre 1831 et 1836, lorsque l'on traça
un chemin traversant la chaussée de Wavre, en forêt de Soignes.
Cela se fit sur l'initiative de la Société Générale
qui était alors propriétaire de la forêt. Ce chemin
reliait Mont Saint-Jean (Waterloo) avec le chemin de Tervuren qui mènerait
aussi à Mechelen. On l'appela route de Mont St. Jean (voir
rubrique Mont St-Jean) mais fut souvent surnommé "
la route de la Banque ". On trouvait donc un carrefour au beau milieu
de la forêt, à hauteur de la borne kilométrique 10,
sur la chaussée de Wavre.

Le carrefour demeura sans nom durant un siècle et finalement,
s'il en reçut un, ce fut de manière très singulière.
En 1884, dans le voisinage immédiat du carrefour, un certain
Léonard Boon avait installé sa roulotte. Il naquit le 23
octobre 1842 et était l'aîné d'une famille prolifique
d'agriculteurs de Notre-Dame-au-Bois. Il vécut seul durant des
années à ce carrefour où il vendait sans licence
et illégalement, des boissons aux passants. La roulotte avait pour
enseigne " A l'Ambulance. Estaminet - Léonard Boon ".
Il avait deux chiens de garde et une dizaine de poules qui lui permettaient,
si nécessaire, de préparer une délicieuse omelette
pour les promeneurs. Dans son estaminet, on pouvait lire sur un écriteau
:
"Ik woon hier in het bosch
Waar kan ik beter wenschen
De zegen van de Heer
En de toevlucht van de menschen."
(" J'habite ici dans le bois
Où puis-je mieux attendre
La bénédiction du Seigneur
Et être le refuge des gens ? ").

Léonard put exercer ses talents en toute sérénité
jusqu'à la mort, en 1891, de son protecteur, le prince Baudouin,
comte de Flandres et héritier du trône de Belgique. Il avait
un jour eu l'occasion de fournir aide et assistance au prince égaré
et put, de la sorte, compter sur sa protection contre d'éventuelles
poursuites qu'appelait l'exploitation clandestine de son commerce.
Il se maria ensuite avec Catharina Debecker. Le couple s'installa dans
une maison sur la chaussée de Wavre, à peine à 400
m du lieu où il avait vécu seul si longtemps. Le ménage
y exploita - le plus légalement du monde, cette fois - un café
et eut trois enfants. Léonard Boon mourut en 1912.
Le carrefour, situé plus loin dans la direction de Notre-Dame-au-Bois
n'avait toujours pas reçu de nom officiel et la population locale
l'appela d'abord " Les Quatre Bras d'Auderghem ". Plus tard,
lorsque Léonard vint s'y installer avec sa roulotte, certains dirent
aan Leonard (chez Léonard ou jusque chez Léonard).
Avec la densification de la circulation automobile, le carrefour devint
cause de nombreux accidents mortels et l'on y plaça un feu clignotant.
Du coup, pour les régionaux, le nom du lieu changea en de pinker
(feu clignotant).Ce n'est qu'en 1983, lors de l'inauguration d'un second
tunnel sous le carrefour, que le bourgmestre Outers parla pour la première
fois d'un carrefour Léonard.
Depuis lors, nous entendons ce nom tous les jours à la radio.
Voilà comment une figure typique d'Auderghem a pris une place importante
dans le guidage de la circulation.
119. Lessire Paul-Emile (rue). +/- 140 m.
Avec l'arrivée des excavatrices aux avenues des Héros
(voir rubrique
Héros) et Leemans (voir
rubrique Leemans), le développement du nouveau quartier
du " Parc des Princes " dont cette rue fait partie prit enfin
son essor.
Lors de sa séance publique du 3 mars 1961, le conseil communal
approuva la proposition du collège échevinal de donner à
cette rue le nom d'une victime de guerre.
Touchant à l'avenue Lessire, non loin de la briqueterie mentionnée
à la rubrique n° 115, il existait un grand terrain dont les
élèves des écoles catholiques d'Etterbeek et d'Ixelles
pouvaient disposer entre les deux guerres, pour y faire du sport. Après
la Seconde Guerre mondiale, ce terrain fut de moins en moins utilisé
et, eu égard à l'extension que prenait le nouveau quartier,
le curé Dereymaeker souhaitait y construire la nouvelle église
du Blankedelle mais on dut finalement renoncer à cette option.
La troisième église paroissiale d'Auderghem sera érigée,
in fine à l'avenue des Héros.
A la rue Lessire, les premiers permis de bâtir furent accordés
aux maisons numéros 5 et 8, le 21.6.1961.
Paul-Emile Lessire était né le 25 mars 1901 à Braux
Levrezy (France). Il était employé, marié et père
d'un garçonnet lorsqu'il vint habiter Auderghem avec sa famille,
le 1er avril 1940, quelques semaines avant que la Seconde Guerre mondiale
entra dans sa phase active. Le ménage habitait avenue A. Bastien,
au n° 10, lorsqu'il fut incorporé dans l'armée. Militaire,
iI mourut dans son pays natal, à Mèze, le 2 juillet 1940.
120. Lilas (sentier des). Seringenpad. +/- 50 m.
Le sentier assure la liaison entre la rue Huygens et la chaussée
de Wavre. Son origine coïncide avec celle du très proche sentier
des Aubépines (voir
rubrique Aubépines).
121. Linottes (avenue des). Vlasvinkenlaan. +/-
40 m.
Pourquoi ce nom ? Trois rapports du collège échevinal
ont été retrouvés.
" Le rapport n° 356 du 4.12.1931 qui fait mention d'une requête
de la Société Coopérative Les Villas du Vogelzang
relative au placement de plaques de rue. Le collège estime ne pouvoir
décider tant qu'un accord définitif n'a pu être conclu
entre la commune et la société en matière d'aménagement
de l'avenue.
" Un second rapport (n° 634 du 30.12.1934) montre que le collège
approuve la création des avenues des Citrinelles et des Linottes
sans dire où ces voies publiques commencent ni où elles
doivent aboutir.
" Enfin, le 29.11.1935 (rapport n° 629) on décide que
le nom de Linottes sera réservé à la seule partie
de la voie qui débouche directement sur l'avenue des Traquets à
partir de l'avenue des Citrinelles et que cette dernière s'étendra
sur le virage entier faisant suite à l'avenue des Linottes.
Cet expédient aidant, l'avenue a été visiblement
maintenue à une longueur minimale, ce qui est plutôt un bien
pour ses habitants parlant la langue de molière. " Tête
de Linotte ", sans être décoiffant, n'assure pas la
raie au milieu. Et pourtant, elles chantent.
Cette appellation convient à merveille dans un environnement
qui, de mémoire d'homme, s'est toujours appelé Den vogelen
Sanc (voir rubrique
Argus).
122. Lombaert Joseph (rue).
Interrogez donc chiens et chats, nul ne sait où se trouve cette
rue où passent pourtant tous les jours des centaines de véhicules
et où les piétons risquent leur vie. Plus fort encore :
aucune plaque ne vous indique cette rue.
Au moment de sa création, en 1922, la rue Lombaert avait un tout
autre tracé. Aujourd'hui, on pourrait l'imaginer traversant l'actuel
parking des bâtiments de la S.T.I.B., de la station Delta vers l'autre
côté de la rue Cockx. Une quarantaine de maisons existaient
autrefois à l'ancienne rue Lombaert !
 
La rue fut entièrement rayée de la carte en 1974 lors
de la construction du métro et du dépôt de la S.T.I.B
à ladite station Delta. Lors de l'achèvement de la ligne
de métro 1A et de l'autoroute E411, le conseil communal décida,
le 5.5.1986, (huitième point de l'ordre du jour) " de dénommer
: rue Joseph Lombaert, l'accès vers le parking de dissuasion Delta
et trémie, entre son début souterrain et l'entrée
du parking. "
Ainsi, un très insignifiant accès souterrain à
un parking porte aujourd'hui le témoignage des faits de guerre
de la première victime auderghemoise de la guerre 14-18 ! mais
où sont donc les plaques émaillées ? Introuvables
!
Joseph Lombaert naquit à Etterbeek, le 16 janvier 1891. Il était
ébéniste. Ce célibataire habitait chez ses parents,
avenue de Brouckère, au n° 107 de l'époque. Aux débuts
de la Grande Guerre, il fut incorporé en qualité de soldat
au 9ème régiment de Ligne, lequel fut accroché à
Ougrée (prov. de Liège) au lendemain de la déclaration
de guerre, le 5 août 1914. Il y trouva la mort.
123. Loriot (avenue du). Wielewaallaan. Max. 40m
sur Auderghem.
En 1925, la société Les Villas du Vogelzang s'était
mise à construire un nouveau quartier entre la chaussée
de Wavre et le parc de Woluwe, sur le territoire de Woluwe-Saint-Pierre.
Tout l'environnement n'avait jamais connu qu'un nom : le Chant d'Oiseau
(voir
rubrique Chant d'Oiseau). Dès lors, pourquoi s'étonner
qu'un nom d'oiseau chanteur ait été retenu pour nommer l'avenue
? La principale section de cette avenue est située sur le territoire
de Woluwe-Saint-Pierre mais une petite partie appartient à Auderghem,
avec trois immeubles.
124. Luxor Parc. +/- 230 m.
Le 2.6.1924, le responsable du service Population fait savoir au secrétaire
communal qu'un petit parc est en cours d'aménagement entre le boulevard
du Souverain et la ligne du chemin de fer Bruxelles-Tervuren. Il souligne
qu'un permis de bâtir avait été délivré
le 15.9.1923 pour une villa (l'actuelle n° 20), déjà
habitée. Il supposait que, sur ce site, d'autres bâtiments
pouvaient être construits et que, dès lors, il était
indispensable de donner un nom à ce quartier, puisqu'il paraissait
impossible de numéroter ces immeubles en concordance avec ceux
du boulevard du Souverain. Afin que nul n'en ignore, il faisait savoir
que le propriétaire du domaine l'appelait " Luxor Parc ".
Le cas fut soumis au collège échevinal qui valida ce nom
le 7.6.1924 (rapport n° 975).

Roger Lebrun nous en dit plus à propos du Luxor Parc dans cet
extrait d'une lettre datée de fin 1995:
" Mon père René Lebrun, qui était architecte,
avait acheté au boulevard du Souverain, en face de Val Duchesse,
à Auderghem, un terrain pentu, d'environ deux hectares, avec sa
part dans l'héritage paternel. Son idée était de
le lotir pour des villas. Il fit dresser les plans de la voirie par le
géomètre du cadastre d'Auderghem, Monsieur Berlaimont. Mon
père m'avait raconté qu'il avait du faire stopper le travail
des ouvriers terrassiers et paveurs alors qu'ils avaient commencé
l'amorce de la nouvelle voirie à partir du boulevard du Souverain.
"Si vous continuez ainsi, vous n'arriverez jamais au-dessus"
avait-il dit. Ils répondirent : "Si nous augmentons la pente,
votre auto n'arrivera jamais en haut".
Ils durent cependant l'écouter et augmenter le degré de
la pente. A peine le tracé du chemin fut-il praticable, il se mit
au volant de sa voiture (une Essex), et du premier coup, il arriva en
haut du terrain. Il en était fier et les ouvriers aussi. Cela fut
arrosé comme il se convient.
Les cartes postales que vous possédez datent de l'époque
du Luxor Tennis Club, environ 1925. A l'époque, on parlait beaucoup
de Louxor. Cette appellation avait été trouvée par
ma mère, ainsi que les couleurs du fanion du club, orange et bleu
d'outremer. "

Précisons que c'est bien la ville touristique de Louxor, en Egypte,
où s'alignent les temples prestigieux de Karnak et d'où
provient l'obélisque décorant la place de la Concorde, à
Paris.
" Mon père créa ce club de tennis pour mettre en valeur
ses terrains, croyant ainsi en favoriser la vente. Ce ne fut peut-être
pas une idée géniale, car s'il put réaliser ses dons
d'architecte urbaniste (les photos sont là pour le prouver), il
était maigre calculateur. Il devait rémunérer un
secrétaire et un comptable, mais les gros frais étaient
l'entretien du club house, des tennis et des jardins par une équipe
à plein temps. Les cotisations des membres étaient élevées,
mais toujours insuffisantes à équilibrer les comptes et,
dans le meilleur des mondes, il y avait des resquilleurs qui venaient
jouer sans être en règle de cotisations...
Vint ensuite la crise immobilière qui dura dix ans, la vente des
terrains étant devenue impossible, le recrutement des membres difficile.
Noyé par les charges, mon père dut abandonner l'affaire
à une société hypothécaire, laquelle revendit
ensuite la propriété à l'Union Minière du
Haut Katanga.
Le Luxor Tennis Club devint alors l'Albert Ier Tennis Club. L'exploitation
en fut toujours déficitaire, ne retrouva jamais sa splendeur d'antan
et périclita également. Mais l'avenue avec ses marronniers,
plantés par mon père, a toujours gardé son appellation
Luxor Parc. "
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