173. Sablière (avenue de la). Zandgroeflaan. +/- 150 m.

Lorsque, en 1882, la Compagnie Immobilière de Belgique créa un réseau complet de voies publiques nouvelles dans les champs appartenant à l’ancien bourgmestre Henri de Brouckère, elle fut aussi chargée d’aménager cette artère (voir Genicot, Govaert, Nénuphars, Railway et Tedesco). En fait, il y avait là déjà un sentier qui s’étendait d’un atelier proche de la sablonnière vers le pont ferroviaire de l’actuelle avenue de Brouckère. On le nomma rue de la Sablonnière (rapport n° 331 de la réunion du collège échevinal du 14 mai 1882).

Le nom de la rue changea le 1er janvier 1917 pour éviter les doubles dénominations de noms de rue dans le « Grand Bruxelles ». Elle fut ainsi promue : avenue de la Sablière.

Quelques années avant que n’éclate la Grande Guerre, le curé Wittenberg avait insisté auprès de Charles Waucquez – un riche négociant en textile et propriétaire de l’ancien château d’Henri de Brouckère – pour bâtir une école catholique. Waucquez donna aussitôt son accord pour apporter les fonds et les terrains afin de construire dans cette rue une école libre pour garçons. Ainsi, en 1912, environ à la même époque que le complexe scolaire communal ((voir rubrique Ecoliers) et (voir rubrique Willame)), la nouvelle école et la chapelle néo-gothique y attenante furent consacrées par le cardinal Mercier. Les plans étaient l’oeuvre de l’architecte Veraart.

La direction en fut confiée aux frères Maristes et l’école reçut le nom d’institut du Sacré-Coeur (à ne pas confondre avec l’autre institut du Sacré-Coeur, voir rubrique suivante) parce que le donateur affichait une dévotion remarquable au Sacré-Coeur de Jésus. Cependant, l’appellation changea en 1961, car on voulait assimiler davantage l’école avec la congrégation des frères Maristes, et devint collège Champagnat. En 1974, il prit finalement le nom de Lutgardiscollege en fusionnant avec d’autres écoles libres.

Retour

174. Sacré-Coeur (square du). Heilig-Hartsquare.

Dix-sept ans après la mort de Joseph Chaudron, notre quatrième bourgmestre, les soeurs de la Congrégation des Soeurs du Sacré-Coeur de Jésus vinrent s’installer dans son château, à Auderghem. L’entrée de la propriété était encore située à l’actuelle avenue des Frères Goemaere. A propos de cet événement, on peut lire ceci dans les annales de cette institution :

« Bruxelles. Octobre 1922. Auderghem.

Le refuge Sainte Marie Madeleine, devenu l’Institut du Sacré-Coeur est donc enfin installé à la campagne! Quel immense bonheur malgré les inévitables difficultés de tout début de se trouver en plein champ, d’échanger contre les étroits sentiers du Refuge Bruxellois, les vastes allées du parc Chaudron et surtout sa drève d’entrée ou circule l’air si vivifiant et si libre. Aurait-on le coeur de se plaindre que l’eau potable fait défaut, que la lumière électrique ne brille que par son absence quand on sait qu’eau et lumière aussi sont déjà en route pour Auderghem. »

Avec la mise en place de l’avenue Chaudron en 1925, la drève de l’entrée fut raccourcie et l’on déplaça l’entrée de l’Institut du Sacré Coeur vers cette voie nouvelle. Ainsi apparut une surface triangulaire inutilisée dans le haut des deux avenues citées ci-dessus qui, dès novembre 1926, fut plantée et entretenue par les services compétents de la commune. Le 16 avril 1927, le collège échevinal décida de nommer cette petite place square du Sacré-Coeur.

La congrégation des Soeurs du Sacré-Coeur de Jésus fut fondée en 1817 à Anvers par Héléna Maria Kums (1779-1864) qui, à l’âge de 33 ans, devint veuve de Gilbert Van Celst. Madame Van Celst voulait faire bâtir un hôpital mais, à la demande pressante du bourgmestre d’Anvers, elle se limita en définitive au sort des filles-mères (de gevallen meisjes) – ainsi désignait-on les mères célibataires. Elle fonda donc sa congrégation qui s’occupait autant des mères célibataires que de leur progéniture. Sa propre fille et certaines soeurs s’intéressant davantage au soin des orphelins et d’autres marquant leur référence pour la rééducation des filles-mères. Madame Van Celst prit enfin la décision – avec approbation de l’évêché – d’ouvrir une division « spécialisée » pour mères célibataires à la Putterie, à Bruxelles. Afin de pouvoir remplir leurs tâches, les sœurs durent déménager quelquefois pour aboutir, enfin, à Auderghem où elles se sont établies en 1922.

Les soeurs assuraient l’accueil et la formation des mères célibataires et, avec le temps, ouvrirent une école d’infirmières ainsi qu’une maternité, également accessible aux femmes mariées. On ne saurait compter le nombre de mères auderghemoises reconnaissantes d’avoir pu être accueillies dans cette institution et de pouvoir y accoucher, ce qui permit de dire à un certain moment que la moitié d’Auderghem y était venue au monde.

On peut encore lire dans les annales de la Congrégation que le château Chaudron fut démoli en 1932 et que leur nouvelle chapelle fut inaugurée le 21 novembre 1934 (depuis aussi rasée. Voir rubrique Trois Fontaines). En octobre 1943, pendant la Seconde Guerre mondiale, se produisirent les faits suivants :

« Une cinquantaine d’enfants juifs furent hébergés à l’Institut, dans la salle de fête, pendant 10 à 15 jours, pour les soustraire à la fureur des Allemands qui les pourchassaient depuis plusieurs semaines.

Ces enfants nous ont été confiés par le Comité de Protection pour enfants juifs, sous la sauvegarde de l’ O.V.E.

On put heureusement parvenir à les sauver tous; des personnes charitables ayant consenti à les héberger jusqu’à la fin des hostilités.

Un par un, la nuit même, ils quittèrent heureusement l’établissement, toutes précautions prises pour ne pas donner l’éveil à l’ennemi. »

Le 14 janvier 1945, on lit ceci :

“Monsieur Van der Gucht, architecte des bâtiments, est décédé ce jour. Il était hébergé à l’Institut ainsi que Madame depuis que les V1 s’abattaient sans cesse sur Anvers. »

Lorsque le quartier du Blankedelle (nommé aussi Transvaal) aura pris une grande extension après la guerre, les croyants vinrent une fois encore frapper à la porte des soeurs. Elles mirent leur chapelle et leur salle des fêtes à la disposition des paroissiens, en 1955, en attendant la construction d’une nouvelle église (voir rubrique Héros, n° 94). Ce qui permet de dire qu’à l’instar des ses fidèles, la nouvelle paroisse d’Auderghem était née à la maternité de la congrégation.

La noble vocation de Madame Van Celst s’est donc bien concrétisée à Auderghem sans pour autant atteindre le XXIème siècle. L’émancipation de la femme, la modernisation constante du mode de vie, les exigences techniques de plus en plus sophistiquées pour accompagner les soins aux nouveau-nés, les normes de sécurité plus élevées observées dans les hôpitaux et, vraisemblablement aussi des motifs d’ordre financier ont contraint les deux dernières soeurs à rejoindre leur maison-mère à Anvers. En novembre 1994, soeur Agnès et soeur Aloïs coupèrent l’eau, si appréciée en 1922, et, sans bruit, elles éteignirent la lumière.

L’église et la salle des fêtes furent démolies en 1998 (voir rubrique Trois-Fontaines). D’autres parties du couvent servent encore à l’Ecole professionnelle Sainte-Bernadette.

Retour

175. Sainte-Anne (carrefour). Sint-Annakruispunt.

A présent, le chemin donnant accès à la chapelle Sainte-Anne s’ouvre à ce carrefour mais y a-t-il encore quelqu’un à Auderghem pour se souvenir qu’il n’en a pas toujours été ainsi ? Quoique plus ancienne que le prieuré, la chapelle fait aujourd’hui qu’il n’en a pas toujours été ainsi ? Quoique plus ancienne que le prieuré, la chapelle fait aujourd’hui partie du domaine de Valduchesse mais se trouve au-dehors de l’enceinte du couvent (les religieuses disposaient de leur chapelle propre).

La chapelle a donc toujours été un lieu où les rares habitants de cette partie de la vallée de la Woluwe venaient se recueillir, remerciaient les saints vénérés pour leur aide, leur demandaient assistance ou venaient simplement s’y mettre à l’abri et s’y reposer. Les rares habitants des alentours vivaient de l’agriculture et de l’exploitation forestière lorsque, il y a quelque huit cents ans, ils y érigèrent une chapelle, sans doute pour remplacer un oratoire en bois.

On ne trouve pas d’écrit mentionnant la date de construction de la chapelle Sainte-Anne. Cependant, dans son livre « La chapelle Sainte-Anne au château de Val-Duchesse » (Vromant, Bruxelles. 1918), le prof. R. Lemaire pense que des parties peuvent en être datées du XIème siècle. Il s’agit d’une construction en style roman simple qui fut longtemps un lieu de pèlerinage où était vénérée sainte Anne, mère de Marie. Comme elle n’accéda à la maternité qu’à un âge avancé, elle est, entre autres, la patronne des femmes enceintes soucieuses de la bonne éducation de leurs enfants. Les jeunes filles venant lui faire leurs dévotions pour rencontrer un bon époux n’étaient pas rares ou encore, elle intercédait en faveur des femmes stériles.

Durant le régime français, les domaines de Valduchesse furent réquisitionnés et vendus ; c’est ainsi que la chapelle changea douze fois de main depuis 1812.

De 1802 à 1843, elle fut pourtant promue église paroissiale auxiliaire de Watermael mais, devenue trop exiguë, fut remplacée par l’église Sainte-Anne, sur la chaussée de Tervueren. Elle fut déconsacrée en 1854.

Enfin, en 1902, la chapelle et les champs qui l’entouraient échurent à Alfred-Casimir Madoux (voir rubrique suivante), puis de Charles Dietrich, en 1908. Cet homme possédait de grandes parties de l’ancien prieuré de Valduchesse. Il alla faire en sorte que la voie publique longeant le mur d’enceinte du couvent vers la chapelle Sainte-Anne – le chemin de la Chapelle – devienne propriété privée nonobstant le fait que 17 immeubles y étaient habités par 97 personnes (soit 2% de la population totale de l’époque). Nul ne doute que les expropriations aient toutes été légalement menées mais elles n’en suscitèrent pas moins un certain ressentiment au sein de la population. En témoignent deux couplets d’une chanson entonnée lors de la revue « Bas les Masques », le 5 octobre 1913, à Auderghem :

« La chapelle là-haut était silencieuse,
Mais qui semblait garder dans ses murs lézardés;
Comme un dernier écho de voix religieuses
Qui, avant de mourir, s’y serait attardé
C’était un souvenir cette ancienne chapelle,
Vestige d’autrefois,
Pourquoi l’emprisonner dans ce décor affreux?
Pourquoi l’abandonner ainsi? Que vous fit-elle?
Entendrez-vous sa voix?
Puissiez-vous entendre sa voix!
Rendez-nous la chapelle et nous serons heureux. »

Couplet du chemin de la Chapelle. (Air : Chanson d’Avril).

« Il était un sentier au charme doux et triste;
Petit chemin sauvage et joli d’autrefois.
Que tout le monde aimait, qu’adoraient les artistes
Qui grimpait tortueux à l’orée du bois.
De ce joli sentier qu’avez-vous osé faire?
Vous l’avez condamné.
Ce chemin qui là-haut conduisait nos pas lents :
Dans ce coin recueilli charmant et solitaire;
Pourquoi l’avoir donné?
Pourquoi donc l’avez-vous donné?
Rendez-nous le sentier et nous serons contents ».

Sainte Anne avait donc perdu son chemin. Charles Dietrich a-t-il été saisi de remords ? Durant la Première Guerre mondiale, il aurait apporté son soutien financier à la commune afin qu’elle ouvre de nouvelles rues autour de Valduchesse. Cette mesure évita la déportation, toujours possible par le fait de l’occupant, à de nombreux travailleurs (voir rubrique Prieuré) et ce square Sainte-Anne fut aménagé en 1915.

En conséquence, lorsque la chapelle Sainte-Anne fut ouverte au public, quelques jours par an, l’entrée se faisait par le square.

Retour

176. Sainte-Anne (avenue). Sint-Annalaan. +/- 200 m.

Après le décès de dame Maria de Gomrée de Morialmé (1847-1915), veuve d’Alfred-Casimir Madoux (1838-1904) ((voir rubrique Aubépines) et (voir rubrique Madoux)), ses terres, ou ce qu’il en restait, ainsi que le château « Les Orchidées » sont tombés en 1924 dans l’escarcelle de l’ECAM (Ecole Centrale des Arts et Métiers). La propriété présentait la forme d’un quadrilatère avec un renfoncement, entre la Chaussée de Tervueren, la drève des Deux-Moutiers, l’actuelle avenue Cardinal Micara et l’avenue V. Tahon. De 1925 à, y compris 1933, cette haute école allait, entre autres, former des ingénieurs électromécaniciens. Cet établissement s’établit par la suite à Saint-Gilles.

Le domaine fut mis en vente en 1934. Il sera administré un certain temps par la Société Immobilière Bernheim qui l’acheta finalement le 19 décembre 1940. Entre-temps, cette société aménagea un chemin traversant le domaine en diagonale et mit en vente de plus petites parcelles de terrains à bâtir. Le chemin relie la chaussée de Tervueren à l’avenue Cardinal Micara.

Le 17 septembre 1937, le collège échevinal décida de donner à cette nouvelle avenue le nom Sainte-Anne.

Les premiers permis de bâtir furent délivrés le 30.06.1938 aux propriétaires des numéros 5 et 7.

Retour

177. Savoir Léon (rue). +/- 70 m.

Cette rue reçut son nom en même temps que la rue F. Martin (où elle commence) et quatre autres voies publiques, au cours de la séance du conseil communal, en juillet 1958. Toutes ces rues ont reçu le nom de victimes de la Première Guerre mondiale. : F. Delince, L. Savoir, F. Martin, P. Vanden Thoren et L. Vande Woesteyne. Le quartier fut baptisé « Parc des Princes » par le promoteur ETRIMO en vertu – ainsi l’expliquait du moins le vendeur – de la proximité du château de la princesse de Croÿ dont les ancêtres avaient possédé d’immenses domaines en Brabant et ailleurs. On peut trouver d’autres informations en rapport avec la création du quartier à la rubrique Leemans, (voir rubrique Leemans).

ETRIMO reçut, le 2 juillet 1958, le permis de bâtir les premiers bungalows.

Léon Savoir était né à Molenbeek-Saint-Jean, le 12 septembre 1892. Il a exercé la profession de vitrier et habitait chaussée de Wavre, au n° 1.215 (les numéros ont changé depuis). Lorsque la guerre éclata, il fut incorporé comme soldat au 31ème régiment de Ligne. Il a probablement été capturé car il est mort en Allemagne durant la guerre, le 1er novembre 1915.

Retour

178. Schaller Charles (avenue). +/- 850 m.

On peut retrouver ce chemin dans la forêt de Soignes - bien qu’à la limite - en regardant avec attention la carte de de Ferraris (1771). Il est mentionné à l’Atlas des Communications (1843) portant le n° 25 et l’appellation Chemin d’Auderghem vers la Chapelle de Wilrieken : Blankedelleweg.

En ce temps-là, celui qui se déplaçait – au début du mois de mai - le long de cette route, passait par un admirable vallon parsemé d’ail des ours, une jolie plante très odoriférante aux fleurs blanches. La merveilleuse étendue blanche donnait motif à nommer le vallon Blankedelle (Blanke, blanc ; delle, vallon). Un nom toujours vivace dans le quartier de ce côté ci du bois, quand bien même les jolies petites plantes commencent à y tirer lentement leur révérence.

Le promeneur attentif observera que cette avenue ne possède pas de n° 40. Il existait pourtant, aux alentours de 1910, une belle maison de maître portant ce numéro, sise au milieu d’un domaine de 2 hectares qui, après la Grande Guerre, servit pendant quelques temps de maison de repos privée. La naissance d’une voie sans issue à cet endroit, en 1985, est expliquée à la rubrique Blankedelle, n° 18.

La véritable avenue du Blankedelle maintint son nom jusqu’à octobre 1946. Le collège échevinal avait décidé le 13.8.1946 de lui donner celui de Charles Schaller, une victime de la Seconde Guerre mondiale.

CHÂTEAU DE LA SOLITUDE

En 1913, la duchesse Marie Ludmille Rose de Croÿ, princesse et duchesse d’Arenberg (1870-1953), fit construire ce château de style néo-classique, à la limite de la forêt de Soignes. Cette dame convola en justes noces, devint veuve en 1906 et a été l’objet de plusieurs histoires ayant fait le tour de la commune.

On a raconté, entre autres, que le neveu du roi Léopold II – le prince Baudouin, héritier présomptif – mort très jeune lors d’un duel en rapport avec une liaison qu’il aurait eue avec la duchesse qui, à l’époque, n’habitait pas encore Auderghem. Selon la version officielle, la mort du prince serait plutôt à mettre au compte d’une pénible maladie.

La Duchesse de Croÿ, née princesse Ludmille d'Arenberg, en 1902

La duchesse s’isola dans son château « La Solitude» où, jusqu’à sa mort, elle rechercha l’amitié des animaux. Elle prit entre autres en pitié le chien d’Edith Cavell (1865-1915), condamnée à mort, connue chez nous surtout comme directrice de la première école d’infirmières de Belgique. A Auderghem, quiconque trouvait un chien perdu ou ne savait plus où aller avec une bête malade, pouvait toujours s’adresser à elle. Les animaux morts trouvaient chez elle une sépulture de choix ornée d’une petite pierre tombale, à l’arrière dans le jardin du château. En ce temps-là, un cimetière pour animaux était quelque chose d’exceptionnel.

Après sa mort, le domaine - d’une superficie de 11 ha 27 a 19 ca – fut acheté par l’Etat qui en fit un certain temps une école pour enfants de forains. Il fut enfin vendu à une société qui y construira un complexe de bureaux.

Charles Schaller était né à Ixelles le 16 avril 1906. Il était marié et habitait avenue du Blankedelle, au n°57, lorsque la guerre éclata. En avril 1942, il devint membre du groupe de résistance « Incomparable » dans lequel il avait été engagé par son ami Albert Meunier, dont une rue porte également le nom. Pour ce groupe, il construisit un émetteur à l’aide duquel il répandait des informations. Pendant un certain temps, il abrita un chef de la résistance mais fut capturé le 17 juillet 1942 et enfermé à Saint-Gilles. Il fut déporté en Allemagne et condamné à la peine de mort qu’il subit à Wolfenbuttel. Dans cette prison furent décapitées plus de 2.000 personnes, hommes et femmes, parmi lesquels une centaine de Belges dont trois Auderghemois : Charles Lemaire, Albert Meunier et Charles Schaller. Charles Schaller mourut le 7 juin 1944.

Retour

179. Schoofs Henri (rue). +/- 90 m.

Jusqu’en 1890, cette voie publique relevait d’Ixelles et non d’Auderghem (voir rubrique Jacques, n° 102). Elle faisait partie d’un très long chemin qui, sur la carte de de Ferraris (1771), traverse les bois du Mesdael et du Solbosch. L’Atlas des Communications (1843) le mentionne sous le n° 23, Terkammerendreef ou drève de la Cambre. Le court tronçon s’étendant entre la chaussée de Wavre et l’actuel boulevard du Triomphe fut réaménagé en 1913, lors de la construction d’un nouveau quartier aux alentours des brasseries de la Chasse Royale. Le chemin fut baptisé le 9 mai, en même temps que les rues de l’Amblève, du Bocq, du Houyoux, de la Molignée et Madoux, et reçut le nom d’un ancien échevin d’Auderghem, Henri Schoofs. Entre-temps on avait déjà construit la maison n° 7 dans l’admirable style de l’époque.

Il semblerait qu’Henri Schoofs soit né à Saint-Josse le 3 février 1846. Il s’établit en premier lieu à la chaussée de Wavre comme forgeron, non loin de la rue qui porte à présent son nom. Plus tard, il déménagea à l’actuelle place Govaert, au°3 de l’époque. Lors du scrutin de 1887, il fut élu sur la liste libérale et devint échevin. Son parti resta au pouvoir après les élections suivantes de 1890, mais les voix de préférence lui firent perdre son mandat. Il quitta finalement Auderghem pour se fixer à Ixelles, le 15 septembre 1895.

Retour

180. Schoonejans Pierre (rue). +/- 220 m.

Ce chemin porta longtemps le nom du moulin auquel il menait, la Papiermolenstraet, la rue du Moulin à Papier. Le moulin lui-même se trouvait à l’endroit où le ruisseau de la Woluwe croise l’actuelle rue Lemaire, non loin de l’actuel boulevard du Souverain. L’ancienne rue du Moulin à Papier apparaît fort bien sur la carte de de Ferraris (1771). En ce temps-là, le bois ceinturait encore le chemin jusqu’à des étangs situés en contrebas, aujourd’hui asséchés depuis belle lurette. Afin de ne pas se mouiller les pieds, les gens empruntaient cette route et arrivaient aisément au moulin à papier séculaire décrit à la rubrique Lemaire (voir rubrique Lemaire).

Ce chemin porte le n° 24 dans l’Atlas des Communications Vicinales (1843).

Le 14 septembre 1934 (rapport n° 315), le collège échevinal décida que cette voie porterait désormais le nom de l’artiste peintre A. Keller, afin d’éviter toute confusion avec la rue du Vieux Moulin existant déjà dans la commune. Mais ceci n’était pas du goût des riverains qui introduisirent sans tarder une pétition pour changer ce nom en celui de Pierre Schoonejans qui y habitait et jouissait d’une énorme popularité.

Cet homme avait été durant 25 ans actif dans la politique communale et le collège, sous la pression des habitants de la rue, donna le nom souhaité. Il est remarquable que durant toute sa carrière politique, Pierre Schoonejans ne fut jamais plus que conseiller communal. Il entre donc dans l’histoire locale comme le seul homme politique auderghemois qui ait donné son nom à une rue sans avoir exercé un mandat de bourgmestre, ni même d’échevin.

Au demeurant, ce n’était pas la première fois que la population manifestait son désaccord à propos d’un nom de rue. De la même manière, en 1932 puis en 1934, deux rues de la commune changèrent d’appellation ((voir rubrique Passereaux) et (voir rubrique Vieux Moulin)).

La rue Pierre Schoonejans s’étendait donc de l’avenue des Frères Goemaere jusqu’au boulevard du Souverain ; les actuelles rues du Moulin à Papier et Lemaire en faisaient partie jusqu’au 17 juillet 1936, lorsque l’actuelle rue du Moulin à Papier fut rappelée à la vie. Depuis lors, la rue Schoonejans connaît sa longueur définitive.

Pierre-Joseph Schoonejans était né à Ixelles, le 22 mars 1859. Il était menuisier et épousa Catherine Daniels le 28 juillet 1883. Ils célébrèrent ensemble, entourés de leurs amis, leurs noces d’or dans sa maison située …à la rue Schoonejans, n° 47. Il fut élu conseiller communal pour la première fois le 1er janvier 1896, un mandat qu’il continua d’exercer jusqu’au 24 juin 1921. Il mourut dans sa maison le 22 août 1946.

La société Comptoir des Matériaux, de Bruxelles, avait obtenu de construire dans cette rue les maisons numéros 4, 6, 8, 10, 18, 20, 22, 24 et 26. C’est la même firme qui bâtira, dans son style nettement reconnaissable, des immeubles dans diverses rues d’Auderghem, entre autres dans l’avenue Claes, la rue Demuylder, l’avenue Geyskens, l’avenue des Paradisiers et dans la rue Smets. Pourtant, elle n’était pas la première à être présente sur les chantiers de la rue du Moulin à Papier puisque, de l’autre coté de la rue, on trouve déjà des constructions datant d’avant la Première Guerre mondiale. Mais la toute première fut incontestablement le moulin à eau construit au XIIIème siècle…

Retour

181. Simons Henri (rue). +/- 70 m.

« La Corée ». Tel est le nom que les anciens Auderghemois donnèrent au quartier dont relève cette rue, aménagée au temps de la guerre de Corée (1950-1953). Les propriétaires des maisons nouvellement construites durent patauger dans la boue durant des mois pour atteindre leur habitation. Pour l’heure, les rues du quartier n’étaient pas encore pavées et, comme il faisait extrêmement pluvieux, ils étaient forcés de se frayer un chemin en traversant une indescriptible couche de boue à l’instar de nos vaillantes troupes en Corée. D’où le nom …

La rue Simons est la dernière rue sans issue tracée à partir de la rue Christiaens. En fait, à l’origine on avait prévu de la relier ultérieurement à la rue Van Asbroeck mais la construction du complexe sportif de l’ADEPS (voir rubrique Charlier) a déjoué le développement prévu de la « Corée ». La rue Simons n’atteignit finalement que le quart de la longueur qui lui fut primitivement assignée !

Le 24 mars 1950, le conseil communal décida d’attribuer aux cinq rues mises en chantier les noms de victimes de la Seconde Guerre mondiale :

René Christiaens, Léopold Van Asbroeck, Gustave Timmermans, Henri Simons et Jean Méreaux (non construite). Entre-temps, la Sté Coopérative Bâtir par la Coopération, «Baticoop», de Bruxelles, avait reçu le 27 décembre 1949 le permis de bâtir pour les maisons numéros 1, 2, 3, 5, et 6.

Henri-Léonard Simons était né à Auderghem le 26 avril 1912. Cet ouvrier-plombier habitait chaussée de Wavre, au n° 1.730, lorsque éclata la guerre. Il fut incorporé avec le grade de caporal au 12ème régiment de Ligne et fut tué à l’ennemi le 27 mai 1940, à Tielt.

Retour

182. Smets Josse (avenue). +/- 200 m.

Le quartier se développa avec la construction de la seconde église d’Auderghem, le long de l’avenue de l’Église Saint-Julien. Il a cependant fallu attendre quelques années après la fin de la Grande Guerre pour voir cette rue enfin aménagée. Le 20 juin 1925, le collège échevinal décida de lui donner le nom de l’une des victimes de cette guerre.

Le Comptoir National des Matériaux, de Bruxelles, ne laissa pas passer cette occasion pour réaliser dans cette rue quelques unes de ses conceptions de l’art de bâtir. Celui qui se donne la peine de se promener ces jours-ci dans les rues auderghemoises nommées ci-après peut y reconnaître les mêmes façades – d’ailleurs assez réussies – élevées entre les deux guerres : avenue Claes, rue Demuylder, avenue Geyskens, avenue des Paradisiers, rue Schoonejans et, qui sait, peut-être encore dans d’autres rues.

Dans la rue Josse Smets, il fut le premier à recevoir un permis d’y bâtir pour les habitations suivantes: numéros 3, 5, 7, 9, 11 et 13 et ce, à partir du 31 octobre 1925. Mais les habitants durent encore patienter au moins quatre ans avant de voir la couleur du pavement de cette rue.

Josse Smets était né à Auderghem le 1er décembre 1891. Il était plafonneur et habitait chaussée de Wavre, n° 757 (à présent n° 1.601) lorsqu’il fut rappelé sous les drapeaux comme simple soldat au 11ème régiment de Ligne. Il fut tué sur le champ de bataille de Tisselt (prov. d’Anvers), le 29 septembre 1914.

Retour

183. Souverain (boulevard du). Vorstlaan. +/-1.800 m sur Auderghem.


Sur les cartes anciennes, il apparaît clairement que toute la vallée de la Woluwe était parsemée d’étangs dont certains existent encore tandis que d’autres ont été asséchés. Le boulevard du Souverain a été officiellement inauguré en 1910, dans cette vallée. C’est près du Luxor Parc que l’on relève le point le plus bas d’Auderghem, entre 50 et 55 m au-dessus du niveau de la mer. Auparavant, lorsqu’il s’agissait de transporter des charretées vers les villages voisins, on empruntait les routes les plus praticables situées à l’est du ruisseau de la Woluwe : Le Putdael pour se rendre à Woluwe ; les actuelles avenues des Frères Goemaere et Van Horenbeeck pour aller à Boitsfort.

Selon Liane Ranieri, dans son livre « Léopold II, urbaniste », l’histoire de la construction du boulevard du Souverain débuta en 1893, lorsque Auderghem demanda à être reliée à la future avenue de Tervueren à l’aide d’une grande voie de liaison à établir au cœur même de la vallée de la Woluwe et qui desservirait en même temps Boitsfort et, au-delà, la commune d’Uccle.

Cependant, il faut rappeler que le conseil communal, en sa séance du 24 février 1887 (point n° 997 de l’ordre du jour) décida ce qui suit :

« Reconnaissant qu’il y a utilité publique à créer une voie de communication du centre du village vers Boitsfort et Watermael par la vallée de la Woluwe, en passant par le hameau du Lammerendries, autorise le collège à faire dresser un projet à cette fin. »

Le projet qui fut développé à l’époque ne répondait pas entièrement à la demande et fut jugé trop dispendieux. C’est pourquoi on décida d’entreprendre, en concertation avec Boitsfort, une nouvelle étude dont l’avant-projet fut accepté par les conseils des deux communes, à la fin de 1887 (rapport n° 1064). Ce plan, lui non plus, ne put être exécuté parce qu’un membre du conseil communal affirma qu’il servait trop bien les intérêts du bourgmestre de l’époque (Chaudron) étant donné que la route devait passer par des propriétés appartenant au bourgmestre (rapport n° 1068). Il fut décidé, une fois encore, de remettre la construction à plus tard.

On peut donc affirmer que, dès 1887, tant à Auderghem qu’à Boitsfort, on avait perçu la nécessité d’établir une liaison directe entre les deux communes via la vallée de la Woluwe. Six ans plus tard, lorsqu’il fut question de tracer l’avenue de Tervueren, Auderghem sut très opportunément tirer profit de ce projet pour une nouvelle remise à l’ordre du jour de la route passant par la vallée, désirée à corps et à cris. Liane Ranieri explique par ailleurs que les arguments développés en 1893 par Auderghem ont rapidement rencontré un accueil favorable puisque la construction de la nouvelle route fut agréée par le Ministre des Travaux Publics, le 17 mai 1894.

Pourtant, beaucoup d’eau allait encore gazouiller dans la Woluwe avant que les travaux ne commencent.

A Auderghem, on s’impatiente et on craint que le boulevard n’ait été qu’un beau rêve. Le 23 novembre 1896, la commune envoie une supplique au roi Léopold II dans laquelle elle sollicite son appui pour la construction de la voie promise. Il a fallu attendre jusqu’au milieu de l’année 1901 pour voir commencer les travaux définitifs. Entretemps, on avait fait la chasse aux capitaux, conclu les accords nécessaires avec les communes limitrophes, avec l’Etat et l’entrepreneur Edmond Parmentier – qui aménagea également l’avenue de Tervueren – et engagé les expropriations indispensables. De grands travaux publics furent ainsi mis en chantier, on fit le bornage du nouveau boulevard, plusieurs rues furent coupées, la rue de la Station (à présent avenue Tedesco) fut réduite de moitié. En bref … Auderghem fut partagée en deux par un chantier gigantesque.

Soudain, tout s’arrêta. Pourquoi ?

En avril 1902, la commune commença à introduire plainte après plainte auprès des services concernés de l’Etat eu égard aux effets préjudiciables engendrés par l’arrêt des travaux. Des quartiers se trouvaient entièrement isolés et la gare n’était accessible que par un sentier étroit et dangereux. Rien n’y fit. Quoique innombrables, ces réclamations laissèrent le chantier silencieux de 1902 à 1906. Finalement, l’entrepreneur fut traîné en justice et la justice donna raison à Auderghem. Cependant, pour éviter de lourds frais de procédure, un accord à l’amiable prévoyant la reprise des travaux en 1909 et l’inauguration du boulevard en 1910 fut conclu.

On peut s’imaginer quelle suite malheureuse eût l’arrêt du chantier, tant pour la population que pour l’économie locale. Lors des élections communales de 1911, la majorité fut mise sur la sellette par le parti catholique siégeant alors dans l’opposition. On peut découvrir ce qui suit dans un journal libéral de l’époque répondant aux accusations de l’opposition:

« …On sait que M. Parmentier, agissant pour le compte de l’Etat s’était engagé à terminer tous les travaux sur cette avenue pour fin 1906. Dès son entrée au conseil, en 1907, notre conseiller, M. Herrmann, fit assigner M. Parmentier et l’Etat belge devant les tribunaux et obtint à diverses reprises la nomination d’experts qui constatèrent non seulement l’inachèvement du boulevard, mais aussi le complet abandon des travaux. Menacés d’un procès en dommages- intérêts, M. Parmentier et l’Etat belge furent obligés d’entrer en pourparlers avec la commune.

On discuta longtemps et finalement fut conclue, en 1909, une convention qui reconnaissait le préjudice qu’avait subi Auderghem par suite de l’inachèvement des travaux et qui accordait à la commune des avantages et des dédommagements nombreux.

Tout d’abord, M. Parmentier renonça à la somme de 50.000 francs que, par contrat, la commune devait lui verser à l’achèvement du boulevard. Il renonçait également, au profit de la commune, à tous les droits de bâtisse qui lui avaient été également concédés.

Enfin, il s’engagea à verser annuellement, et pendant dix ans, une somme de 2.500 francs, soit 25.000 francs, comme contribution à l’éclairage de l’avenue au lieu de 5.000 francs durant 5 ans, soit 15.000 francs (SIC). L’Etat, de son côté, cède à Auderghem en copropriété avec Boitsfort, un terrain compris entre le boulevard du Souverain, l’avenue de la Forêt et l’avenue Val-Duchesse. Ce terrain a été évalué à 60.000 francs. L’Etat s’engage aussi à prendre à sa charge la part que la commune aurait eu à payer pour la construction du grand égout collecteur depuis la Chasse Royale jusqu’à Ten Bruxken, d’une part et le château Madoux, d’autre part. Ce travail est estimé à 300.000 francs ; la part de la commune était de 100.000 francs. Enfin, l’Etat cède à la commune l’égout existant déjà boulevard du Souverain.

En résumé, le bénéfice réalisé par la commune peut se chiffrer de la manière suivante :

M. Parmentier renonce à fr. 50.000-.
Les droits de bâtisses estimés 18.000-.
Subvention pour l’éclairage, bénéfice 7.000-.
Payement des égouts par l’Etat 100.000-.
Cote-part de la commune dans le terrain cédé 30.000-.
Valeur de l’égout cédé 20.000.-

Total : 225.000 francs

Plus de 200.000 francs ! Et il va sans dire que toute cette somme aurait dû sortir de la caisse communale. La commune y avait été obligée par un contrat imposé par l’Etat et … par quelqu’un qui voyait grand. »

Par ce « quelqu’un qui voyait grand », l’auteur de l’article visait sans nul doute Léopold II lui-même.


Carrefour du bouleverd du Souverain avec la chaussée de Wavre, vers 1950

Une fois achevé, le boulevard devint un joyau d’architecture urbaine avec deux trottoirs d’environ 4 m, une large bande de circulation de 8 m, un chemin réservé aux cavaliers large de 4,50 m, une bande de quelque 7 m réservée aux promeneurs, une piste cyclable, un site propre pour deux tramways et une deuxième chaussée pour les automobiles. Au total, une largeur de 41 m. En outre, il fut arboré par quatre rangées de platanes, et, jamais vu à Auderghem, il devint la première voie publique éclairée à l’électricité !


Boulevard du Souverain, vers 1960

Enfin, pour souligner le rôle déterminant du roi dans la création de routes importantes aux alentours de Bruxelles, le collège de Boitsfort avait entre-temps fait choix du nom du boulevard en construction. Le 30 juin 1905, l’appellation « boulevard du Souverain » fut votée à l’unanimité. Auderghem marqua son accord à ce sujet.

Le premier permis de bâtir fut décerné le 3 juin 1911 à la villa Van Haelteren, au n° 382. Après la Seconde Guerre mondiale, elle abrita durant quelques années l’athénée royal flamand mais cet immeuble n’est plus que ruines aujourd’hui…

Il faut encore préciser que l’actuelle entrée de Valduchesse au boulevard du Souverain (voir rubrique Valduchesse) n’y sera aménagée que plus tard.

Pour l’heure, Auderghem ne possède que sept œuvres d’art ornant ses voies publiques. Le boulevard du Souverain à lui seul en réunit quatre : le buste de Léopold II (voir rubrique square du Souverain), le monument commémoratif aux victimes de la guerre (voir rubrique rond-point du Souverain), l’œuvre d’art de J. Moeschal placée à l’entrée du Centre culturel et, à côté d’elle, la petite statue « Anne-Pascale », d’Alfred Blondel.

Retour

184. Souverain (rond-point du). Vorstrondpunt.

Sur place, on pourra constater avec étonnement que le rond-point n’est indiqué sur aucune plaque. Pour qui ne sait pas où il se trouve, il est… sur le boulevard du Souverain, à hauteur de l’avenue Tedesco, de la rue de la Sablière et de l’avenue de Waha. Il fut aménagé en même temps que son boulevard, en 1910. A cette époque, le promeneur pouvait encore se reposer sur l’un des bancs dont la place en forme de cercle était pourvue et où abondait la verdure. Le tram 25 y avait sa station habituelle (son « terminus», comme on dit toujours à Bruxelles) jusqu’à ce que l’automobile-reine en ait fait table rase afin de faire du boulevard une voie rectiligne pour les véhicules ; d’où l’absence de plaques de rue émaillées?

Et dire que, partout dans le pays, on installe de plus en plus de « ronds-points » dans le but de freiner la circulation comme celui qui existait ici ! Ce n’est d’ailleurs pas la seule place à Auderghem qui fut mutilée de la sorte; le square Jean-Baptiste Degreef subit le même sort.

A sa création, la place n’avait pas de nom et on la désignait tout simplement sous le terme « le rondpoint ». Depuis le 1er janvier 1917, le collège lui donna le nom qu’elle porte aujourd’hui et décida par la même occasion de changer les noms d’une trentaine de rues.

Dès que les troupes allemandes eurent quitté le pays, en 1918, Auderghem planta un arbre de la liberté sur ce rond-point. Pas même un an plus tard, le 18 mai 1919, environ un mois avant la signature du Traité de Versailles, le bourgmestre Herrmann-Debroux y inaugura un monument commémoratif à la mémoire des victimes de la Première Guerre mondiale. Le 12 septembre 1964, la pierre existante reçut un complément composé d’un médaillon en bronze patiné portant les effigies en relief d’Albert I et de Léopold III, qui avaient commandé l’armée belge en 1914-1918 et en 1940. Le médaillon est l’œuvre de l’artiste Gustave Fischweiler. Les noms des victimes des deux guerres sont gravés dans la pierre bleue commémorative. Tant l’arbre de la liberté que la pierre commémorative ont pu défier les exigences de la circulation. Ils nous invitent à ne jamais oublier ces événements insensés.

Retour

185. Souverain (square du). Vorstsquare.

A Auderghem, à l’occasion du centenaire de la Belgique (1830-1930) on ne s’est pas contenté de planter un arbre en souvenir de notre indépendance (voir rubrique Invalides). Outre les festivités que semblable circonstance ne manque pas de susciter, il fut décidé d’aménager une petite place où serait inauguré un buste de Léopold sculpté par Thomas Vinçotte.

Auderghem saisit cette occasion pour montrer sa reconnaissance à cet entreprenant souverain pour l’influence qu’il exerça lors de l’aménagement du boulevard du Souverain.

Le nom de deux citoyens auderghemois a été ajouté en avant du monument avec l’inscription : « Auderghem à ses citoyens P.J. Neuenhaus (†29.5.1905) E.C. Decooman (†9.10.1905). Morts au Congo pour la civilisation ».

Comme pour le rond-point du Souverain, il n’y a ici aucune trace de plaque émaillée permettant d’identifier le lieu ; des maisons y sont certes bâties mais elles sont domiciliées avenue J. Genicot.

Retour

186. Steeno Emile (rue). +/- 190 m.

Sous l’actuelle rue Steeno, dûment asphaltée, passe la Woluwe. Elle y coulait jadis à ciel ouvert, accompagnée par un sentier au-dessus d’une digue la séparant des étangs proches. L’Atlas des Communications Vicinales (1843) décrit le sentier sous le n° 38 et lui donne le nom de Langegrachtdam (Lange, long ; gracht, fossé ; dam, digue). Ce chemin commençait à l’actuelle chaussée de Wavre – l’actuelle rue Idiers en formait également un tronçon - il avait une largeur de 1,65 m et était long de 1.050 m. Il allait jusqu’à Woluwe-Saint-Pierre. Le ruisseau de la Woluwe fut voûté peu après la Seconde Guerre mondiale et sur son lit fut aménagée la rue actuelle, d’une largeur inusitée.

Le 6 avril 1959, le conseil communal lui donna le nom d’Emile Steeno, à la mémoire d’une victime de la Grande Guerre.

Emile Steeno était né à Sint-Agatha-Rode (Brabant flamand), le 16 mai 1893. Il habitait avec ses parents dans l’actuelle rue du Vieux Moulin, au n° 32. Lorsque la guerre éclata, il était encore célibataire. Ce cultivateur fut appelé sous les armes et incorporé comme soldat au 20ème régiment de Ligne. Il mourut à l’hôpital de Ligugé (France), le 22 avril 1918.

Retour

187. Stevens René (avenue). +/- 350 m.

Au début des années 30, la société Les Habitations et Logements à Bon Marché (H.L.B.M.) avait acheté les terrains situés entre les actuelles avenues Stevens, Boon, Van Horenbeeck et le cimetière en vue d’y construire un nouveau quartier. La crise économique de ce temps et l’approche de la Seconde Guerre mondiale firent que le quartier ne sortit du sol qu’au début de 1950. Les terrains situés au sud de la rue alors encore inexistante – là où les immeubles portent désormais des numéros impairs – n’appartenaient donc pas aux H.L.B.M. ; ces terrains avaient été vendus à des particuliers et trois personnes reçurent un permis de bâtir déjà à la fin de 1931.

Deux maisons furent construites à quelque 45 m de l’avenue Van Horenbeeck et furent donc également domiciliées sur cette avenue. Une autre fut construite beaucoup plus bas, à environ 120 m de l’avenue du Grand Forestier où elle fut enregistrée.

Lorsque l’on traça l’avenue Stevens en 1934, on constata que ces trois bâtiments se trouvaient sur l’axe de la nouvelle voie publique et devaient, par conséquent, changer d’adresse. C’est ainsi que les habitants des maisons portant aujourd’hui les numéros 29 (qui reçut le premier permis de bâtir), 131 et 135 furent obligés de changer leurs cartes de visite.

Cette rue reçut le nom de l’artiste peintre René Stevens et une autre rue portant son nom devint la rue des Aquarellistes (qui changea plus tard encore en J. Accent).

L’artiste peintre Alphonse, Jacques, René Stevens naquit à Ixelles le 25 avril 1858. Il habita longtemps rue Devis, au n° 7. Il préférait par-dessus tout peindre la forêt qu’il connaissait comme sa poche. Il a été cofondateur de La Ligue des Amis de la Forêt de Soignes, en 1909 et fut également membre de diverses associations, telles que : La Commission Royale des Monuments et des Sites, le Comité et le Conseil d’Administration de la Ligue Belge pour la Protection des Oiseaux, le Comité d’Honneur de la Croix Bleue de la Jeunesse, ainsi que du Comité de Patronage des Amis de la Fagne.

Stevens fut l’un des défenseurs les plus résolus de la forêt de Soignes. Il a incontestablement œuvré pour que ce domaine naturel obtienne le statut de site protégé en 1959, 22 ans après sa mort survenue à Ixelles, le 3 octobre 1937.

Il eût donc, de son vivant déjà, une rue à son nom tandis que, le long du chemin du Ruisseau au cœur de la forêt proche du Rouge-Cloître, on lui éleva un monument à la source du Sylvain, le 19 juillet 1936. On peut y voir une effigie de bronze de René Stevens. Il s’agit de l’un des rares monuments publics que possède Auderghem sur son territoire. Ce mémorial a été conçu par l’architecte de jardins Jules Buyssens et le bas-relief est dû au ciseau du sculpteur G. De Vreese.

Il ne fait aucun doute que Stevens était connu de tout le monde, mais … tout le monde ne l’aimait pas. Les braconniers locaux se méfiaient de lui et les malheureux qui, en fin d’hiver, coupaient de temps à autre un arbre afin de procurer un peu de chaleur à leur famille eurent, à plus d’une reprise, affaire à son bâton. Il existe un texte extrait d’une chanson entonnée dans la revue « Na, goen we lachen» (maintenant, on va rigoler) jouée dans la commune, en 1912 :

« Och! Stevens écoutez seul’ment une fois,
Y faut pas vous mettre en colère
Si j’ai coupé parfois un peu trop de bois,
C’était pour chauffer... ma belle mère!
Car je vous assure qu’la vue d’un tableau,
malgré que pour vous c’est superbe
Toutes ces feuilles et ces herbes,
moi je n’y trouve rien de beau
Si c’ n’est qu’on a bien chaud
Quand on les brul’ dans le fourneau. »

Retour

188. Stratégie (rue de la). Krijgskundestraat. +/-150 m.

Le terrain sur lequel se trouve cette rue appartenait encore à la commune d’Ixelles lorsque l’on y aménagea un nouveau champ d’exercices militaires (devenu depuis le campus U.L.B-V.U.B). Dans le but de placer tous les terrains militaires sous un même règlement de police (voir rubrique Jacques), les communes d’Auderghem et d’Ixelles procédèrent en 1890 à un échange de telle sorte que la bande de terrain comprise entre la chaussée de Wavre et le boulevard du Triomphe devint territoire auderghemois.

A l’époque, il existait un petit sentier qui allait de la Chaussée de Wavre vers le chemin n° 1 (voir rubrique Trois Ponts) et, de là, poursuivait son petit bonhomme de chemin jusqu’au chemin n° 22 (voir rubrique d'Orjo de Marchovelette), vers Watermael. La rue se développa après l’aménagement du Champ des manœuvres.

Le rapport n° 514 du 24 mars 1916 (collège des échevins d’Auderghem) nous apprend que la rue reçut son nom actuel en remplacement de l’ancienne appellation « rue du Champ des Manœuvres ». A ce moment, on voulait supprimer les doubles dénominations de voies publiques et, puisque Etterbeek avait déjà une rue du Champ des Manœuvres, née après la création du terrain d’exercice en 1875, la jeune rue du même nom fut débaptisée. Il fut donc décidé de transformer la rue du Champ des Manœuvres auderghemoise en rue de la Stratégie.

L’un des bâtiments les plus anciens de la rue paraît être celui qui porte le n° 112. Il fit l’objet d’un permis de bâtir auderghemois le 1er octobre 1910.

Alphonse Valkeners habitait au n° 24 de cette rue lorsqu’éclata la Grande Guerre; la commune a donné son nom à une avenue (voir rubrique Valkeners).

Retour

189. Strauven Henri (avenue). +/- 230 m.

« COGEFON ». Tel est le nom de la société qui obtint le 4 septembre 1935 (point n° 294 de l’ordre du jour du collège échevinal) l’autorisation d’entamer des travaux de nivellement de cette rue située dans le quartier Melati (voir rubrique Melati).

La rue fut baptisée quinze jours plus tard par le même collège et, le 25 octobre, le premier permis de bâtir fut délivré pour la construction de la maison n° 21.

Un an plus tôt, ces mêmes autorités communales avaient déjà envisagé de donner le nom d’Henri Strauven à une autre rue de la commune. C’est ainsi qu’en août 1934, le nom de ce médecin renommé à Auderghem aurait remplacé celui de la rue du Vieux Moulin. C’était sans compter sur la réaction des riverains qui déposèrent une pétition contre ce changement ; ils obtinrent satisfaction, quand bien même l’homme était vénéré dans toute la commune, donc aussi dans la rue du Vieux Moulin.

Henri, Hippolyte Strauven était né à Engelmanshoven (Limbourg), le 4 septembre 1858. Il devint docteur en médecine et se fixa à Auderghem où il fut durant plus de cinquante ans le médecin attitré du bureau de bienfaisance (aujourd’hui C.P.A.S.). En tant que jeune médecin, il eut à affronter la très grave épidémie de choléra qui frappa Bruxelles et ses environs, en septembre 1892. Auderghem ne fut pas épargnée. Un mois plus tard, le typhus faisait, à son tour, son apparition dans la commune qui comptait alors environ 3.300 habitants.

Le collège se transforma en conseil de crise dans lequel siégea le docteur Strauven, surveillant chaque jour l’hygiène de la population. Tout un train de mesures furent prises, qui aujourd’hui nous paraîtraient comme allant de soi, entre autres :

Le balayage quotidien des rues, complété par l’enlèvement de toute « signature » canine devant les portes par les habitants (les égouts n’existaient pas encore).
Interdiction de jeter les eaux usées sur la voie publique.
Les blanchisseries furent priées de faire bouillir immédiatement le linge sale venu de Bruxelles.
Interdiction du transport d’animaux morts et saisie de toute viande ne portant pas le sceau les déclarant propres à la consommation.
Les points les plus exposés de la commune furent désinfectés à l’aide d’acide phénique, de chlorure de chaux et de chaux soufrée.
Stricte observance de l’article 27 du Règlement de Police interdisant de garder des lapins dans les maisons.
….

Sans conteste, Henri Strauven s’était engagé à fond dans la lutte contre cette calamité à l’image d’ailleurs de toute sa vie qu’il avait mise au service de ses concitoyens. En donnant son nom à cette rue, Auderghem a voulu faire preuve de sa considération durable et méritée pour le « docteur des pauvres », comme on désignait en ce temps-là le médecin du C.P.A.S.

Dès que le boulevard du Souverain fut terminé, il pratiqua l’art de guérir au n° 186 (la villa a été démolie). Il mourut le 6 novembre 1938.

André Drouart vécut à l’avenue Strauven, au n° 37, en 1940 (voir rubrique Drouart).

Retour

190. Swevers Armand (rue). +/- 150 m.

Paul Delforge raconte dans son livre « Journal d’un Bourgmestre » qu’en 1959, on a baptisé des voies publiques quasiment lors de chaque réunion du conseil communal. Effectivement, en cette année là une douzaine de rues furent ouvertes à la circulation, soit, en moyenne, une par mois. Cette voie longue de quelque 150 m reçut le nom d’une victime de la guerre 1940-1945. Le 2 octobre 1959, le conseil communal donna unanimement son accord. La rue fut tracée dans le quartier Melati (voir rubrique Melati) en plein milieu du domaine qui, encore au XIXème siècle, portait le nom de Roodenbergveld (voir rubrique Roodenberg).

Les propriétaires des maisons n° 23 et 24 reçurent les premiers permis de bâtir.

Armand, Henri Swevers était né à Bruxelles le 3 juillet 1895. Il habitait chaussée de Watermael, au n° 115 et exerçait la profession de mécanicien-dentiste lorsqu’il partit pour la guerre comme militaire au 4ème corps Médical. Il mourut à Gravelines (France), le 24 mai 1940.

Retour